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Réseau du Retz’L

Monnaie locale complémentaire : comment elle fonctionne et à quoi elle sert

24 octobre 2026 · 7 min de lecture ·

Étal de marché avec cagettes de légumes et paniers de pain sous un auvent

Une monnaie qui ne circule que dans un département, qui s’échange à un euro pour un euro et qui ne se dépense que chez certains commerçants suscite autant de curiosité que de méfiance. La monnaie locale complémentaire, aussi appelée monnaie locale citoyenne (MLCC), figure pourtant dans le droit français depuis 2014 et repose sur des euros mis en réserve. Qui l’émet, que devient l’argent déposé, qui peut l’accepter, et que gagne réellement un territoire à l’utiliser ? Les réponses tiennent à quelques règles et à des chiffres mesurés.

En bref

  • Une monnaie locale complémentaire est un moyen de paiement émis par une structure de l’économie sociale et solidaire, échangeable à parité avec l’euro (1 unité vaut 1 €) et utilisable uniquement auprès des professionnels adhérents d’un territoire.
  • Elle est reconnue par la loi du 31 juillet 2014 sur l’économie sociale et solidaire, qui a inscrit son cadre aux articles L. 311-5 et L. 311-6 du Code monétaire et financier.
  • Les euros échangés sont placés dans un fonds de garantie, le plus souvent auprès d’une banque éthique ou coopérative, ce qui permet aux professionnels de reconvertir leurs unités en euros.
  • La France compte environ 80 monnaies locales et près de 10 000 professionnels adhérents : leur usage reste limité à un réseau local et leur effet sur le chiffre d’affaires est modeste.

Qu’est-ce qu’une monnaie locale complémentaire et citoyenne ?

Une monnaie locale complémentaire est une unité de paiement qui circule sur un territoire restreint à côté de l’euro, sans le remplacer. Dans la plupart des cas, une unité de monnaie locale est égale à un euro, et l’échange se fait auprès de l’association qui gère la monnaie.

Le qualificatif « citoyenne » désigne le mode de gouvernance : la monnaie est portée par des habitants, des commerçants et des associations réunis dans une structure de l’économie sociale et solidaire, parfois avec le soutien de collectivités. Les professionnels qui l’acceptent signent une charte qui fixe des critères écologiques et sociaux. Le sigle MLCC et les expressions « monnaie locale » ou « monnaie locale citoyenne » désignent donc le même objet.

Depuis la loi du 31 juillet 2014 sur l’économie sociale et solidaire, les monnaies locales complémentaires sont reconnues comme moyens de paiement lorsqu’elles respectent les articles L. 311-5 et L. 311-6 du Code monétaire et financier. Elles doivent être émises et gérées par des entreprises de l’économie sociale et solidaire, le plus souvent des associations.

Dans une réponse publiée au Journal officiel du Sénat le 15 mars 2018, le ministère de l’Économie décrit les monnaies locales comme des « unités de valeur » en principe échangeables à taux fixe contre la monnaie nationale, sous forme physique ou virtuelle. Cette même réponse précise ce que les collectivités peuvent faire :

  • le paiement de services municipaux, départementaux ou régionaux en monnaie locale est possible sous conditions, notamment une convention entre la collectivité et l’association de la monnaie ;
  • les régisseurs peuvent accepter la monnaie locale pour des services locaux non fiscaux lorsque la collectivité a donné son accord ;
  • la monnaie locale ne peut pas servir à payer une dépense publique, et une collectivité ne peut ni en acheter pour de petites dépenses ni en distribuer aux habitants.

Comment fonctionne une monnaie locale, de l’échange en euros au fonds de garantie ?

Une personne adhère à l’association, échange des euros contre des unités de monnaie locale, les dépense chez les professionnels du réseau, et ceux-ci peuvent les reconvertir en euros. Les euros reçus lors de l’échange ne dorment pas dans la caisse de l’association : ils sont déposés dans un fonds de garantie auprès de partenaires financiers.

Ce fonds est généralement placé dans une banque éthique ou coopérative, comme La Nef ou le Crédit Coopératif. À Lyon, par exemple, La Nef a prêté 3 millions d’euros à 17 structures adhérentes de La Gonette depuis 2021. À Paris, les euros déposés pour la pêche servaient au lancement en 2018 à accorder des prêts à des entreprises locales soutenues par l’association « Une monnaie pour Paris ! ».

La monnaie peut prendre la forme de billets ou être numérique, avec un paiement par application. Certaines monnaies sont dites « fondantes » : leur valeur diminue avec le temps pour inciter à les dépenser vite.

OpérationRègle généraleExemple de la pêche (Paris, lancement 2018)
Échange d’euros contre de la monnaie locale1 unité = 1 €100 € donnent 100 pêches, et l’adhérent reçoit en plus 3 % du montant en pêches, à donner à une association, à utiliser pour un don solidaire ou à garder
Dépense chez un professionnel adhérentValable seulement dans le réseau localCommerces signataires d’une charte écologique, solidaire et démocratique
Reconversion en euros par un professionnelPossible, parfois avec une commissionCommission de 3 % reversée à l’association
Garantie des euros échangésFonds de garantie en banqueBanque conventionnelle, prêts aux entreprises locales

À titre d’exemple calculé d’après ces règles de 2018, un commerçant qui reconvertit 100 pêches reçoit 97 € après la commission de 3 %. Les conditions exactes (commission, bonus, forme papier ou numérique) varient d’une monnaie à l’autre et se lisent dans les statuts de l’association gestionnaire.

À quoi sert une monnaie locale pour un territoire ?

Une monnaie locale sert d’abord à garder l’argent dans l’économie du territoire en orientant les dépenses vers des commerces et des structures qui respectent une charte. Ses promoteurs lui assignent quatre objectifs :

  • soutenir les commerces de proximité et les circuits courts ;
  • faire circuler la richesse localement ;
  • renforcer la participation citoyenne et les liens sociaux ;
  • encourager des pratiques responsables, grâce à la charte que signent les adhérents.

Une étude citée par le Labo de l’ESS estime que 1 000 € en monnaie locale génèrent plus de 2 000 € de revenus locaux, contre 1 300 à 1 600 € pour des euros, soit environ 1,25 à 1,55 fois plus de richesse locale.

Quelles sont les limites d’une monnaie locale ?

La principale limite d’une monnaie locale est son faible rayonnement : elle ne s’utilise que dans le réseau des adhérents, et le Réseau des territoires de l’économie sociale et solidaire (RTES) note qu’elle reste insuffisamment développée malgré sa reconnaissance légale de 2014. Les chiffres le confirment :

  • une étude du Mouvement Sol d’avril 2021 comptait 82 monnaies, environ 40 000 utilisateurs et environ 10 000 professionnels ;
  • seuls 22 % des professionnels membres constatent un effet sur leur chiffre d’affaires.

Le financement est l’autre fragilité. Moneko, en Loire-Atlantique, tirait en 2023 20 % de ses recettes des adhésions de professionnels et de particuliers, 30 % de celles des collectivités et 50 % de subventions et d’appels à projets. L’Eusko, au Pays basque, est financé à environ 85 % par ses propres ressources, ce qui en fait un cas à part. Enfin, certaines monnaies appliquent une commission lors du retour à l’euro, précisément pour décourager les reconversions.

Quelles monnaies locales existent, et que devient le Retz’L ?

La France compte des monnaies locales dans plusieurs régions : La Gonette à Lyon, l’Eusko au Pays basque, Moneko en Loire-Atlantique, la Graine et MonA à Montpellier, l’Elef à Chambéry, La Bulle à Angoulême et la pêche à Paris. Certaines servent à payer des services publics : l’Eusko pour des entrées de piscine, Moneko pour des titres de transport, la Graine pour des places de théâtre municipal et l’Elef au musée et au centre d’art.

Le Retz’L, monnaie locale lancée par des bénévoles du pays de Retz, a fusionné en 2020 avec SoNantes, monnaie numérique lancée par la mairie de Nantes, pour former Moneko. Selon Les Échos (27 novembre 2024), les deux projets avaient fini par s’épuiser, et Moneko est devenue en 2023 la deuxième monnaie locale de France, avec un million de monekos échangés sur douze mois et, en moyenne, quatre changements de main par an pour un moneko.

Questions fréquentes

Peut-on payer un service public en monnaie locale ?

Oui, pour certains services locaux non fiscaux, à condition que la collectivité ait passé une convention avec l’association de la monnaie et que le régisseur soit autorisé à l’accepter. Le ministère de l’Économie précise en 2018 que les dépenses publiques ne peuvent pas être réglées ainsi.

Un commerçant doit-il déclarer ses recettes en monnaie locale ?

Oui. Selon La finance pour tous, détenir de la monnaie locale équivaut à détenir de la monnaie conventionnelle : le chiffre d’affaires se calcule en euros, et les impôts et la TVA se déclarent et se paient en euros.

La monnaie locale existe-t-elle en version numérique ?

Oui. Les paiements peuvent se faire en espèces ou par voie numérique, et certaines monnaies, comme SoNantes avant sa fusion dans Moneko, étaient entièrement numériques.

Que veut dire monnaie « fondante » ?

Une monnaie fondante perd de la valeur au fil du temps si elle n’est pas dépensée. Ce mécanisme, présent dans certaines monnaies locales, vise à accélérer leur circulation plutôt qu’à encourager leur conservation.

Les professionnels adhérents font-ils tous partie de l’économie sociale et solidaire ?

Non. D’après le Labo de l’ESS, environ 78 % des quelque 10 000 professionnels membres de monnaies locales se situent hors de l’économie sociale et solidaire ; ils adhèrent à la charte éthique du réseau.

Sources

Sources consultées le 24 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.

  • Sénat, question écrite de M. Éric Gold (Puy-de-Dôme, RDSE) publiée le 1er mars 2018 sur les monnaies locales, et réponse du ministère de l’Économie et des Finances publiée le 15 mars 2018, senat.fr, page mise à jour le 15 novembre 2023. Adresse : https://www.senat.fr/questions/base/2018/qSEQ180303607.html
  • RTES (Réseau des territoires de l’économie sociale et solidaire), « Points de RepèrESS : Monnaies locales complémentaires & collectivités », rtes.fr, document daté du 14 octobre 2025. Adresse : https://www.rtes.fr/system/files/inline-files/A4%20-%20Point%20de%20Rep%C3%A8rESS%20-%20MLC%20%26%20ESS%20-%20Octobre%202025.pdf
  • Le Labo de l’ESS avec le Mouvement Sol, « Note stratégique : les monnaies locales complémentaires, un levier pour renforcer la contribution de l’ESS à une transition écologique juste », lelabo-ess.org, 1er novembre 2023. Adresse : https://www.lelabo-ess.org/system/files/2023-11/Note%20Strat%C3%A9gique_MLC_BD.pdf
  • La finance pour tous, « Arrivée d’une Monnaie Locale Complémentaire et Citoyenne à Paris : la pêche », lafinancepourtous.com, 7 mai 2018. Adresse : https://www.lafinancepourtous.com/2018/05/07/arrivee-dune-monnaie-locale-complementaire-et-citoyenne-paris-la-peche/
  • Charlotte Meyer, article sur Moneko, Les Échos, 27 novembre 2024, reproduit sur rtes.fr. Adresse : https://rtes.fr/system/files/inline-files/Article%20Les%20Echos.pdf

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