Archives de catégorie : ARTICLES

Interview – Avec Maxime de GM plomberie.


Pour cette troisième interview de la série, je rencontre Maxime, utilisateur du Retz'L depuis peu et gérant de GM Plomberie. L'occasion d'évoquer les parcours « atypiques » et le rapport entre plomberie et environnement.

 

Bonjour et merci d'avoir accepté cette entrevue. Peux tu te présenter, nous parler de ton parcours?
Je m'appelle Maxime, j'ai 30 ans. Je suis plombier spécialisé dans la rénovation de pièces sanitaires, salle de bain et cuisine. Je ne fais en revanche pas les chauffages. Cela fait 18 mois que je suis à mon compte sur Sainte-Pazanne, sous l'appellation GM plomberie, après un passage dans la maintenance et le commerce automobile qui ne m'a pas tellement enchanté. J'étais à la recherche de quelque chose de plus manuel et éthique, car le commerce à grande échelle ne l'est pas toujours. Une bonne affaire doit contenter tout le monde. En étant à mon compte, cela me permet de vivre en accord avec ce principe.

J'imagine que tu as dû rencontrer des difficultés pour te réorienter. Tu n'étais pas dans la tranche d'âge qu'on favorise habituellement…
(Rire) C'est vrai que je suis passé pour un « vieux ». Ce genre de chose occasionne de grands moments d'incompréhension de la part de l'entourage. J'ai vraiment du batailler pour cet apprentissage, appuyer mon projet avec des arguments concrets et une demande dérogation extraordinaire, car il y a derrière un investissement de la région. Il n'a pas été vain. Je me suis installé et j'ai créé de l'activité.

On privilégie tellement les parcours parfaits type « licence-master-doctorat » puis boulot à vie au sortir des études..
Oui, alors qu'en vérité, la réalité du monde professionnel est ailleurs. Je suis persuadé que les nouvelles générations feront au moins 3 ou 4 métiers complètement différents. Je trouve que c'est génial, ça permet d'apprendre plein de choses. C'est une manière de reconsidérer un être humain non-limité à la « loi de l'emploi ».

« Reconsidérer un Etre humain non limité à la « loi de l'emploi »

Après ces péripéties pour te former, comment ça se passe pour ton affaire ?
Je m'en sors plutôt bien en étant à l'équilibre, ce qui est notable étant donné que je suis parti de rien. Je dois tout acheter en permanence. le matériel est fragile, il se casse et doit être sans arrêt renouvelé.

Quel a été le processus pour en arriver au Retz'L ?
C'est le résultat d'une prise de conscience après avoir vu le film « Demain ». Je ne me sentais pas à l'aise avec la mentalité industrielle fondée sur la consommation. Il me fallait me recentrer sur des choses plus importantes, participer à la promotion de ces petits producteurs qui font les choses très bien, contrairement aux grosses « machines à fric ». Le film présente un constat sans tomber dans la fatalité. Il consacre un moment à parler des monnaies locales, avec l'interview de Rob Hobkins. En cherchant sur Internet, j'ai découvert que ça se faisait dans le Pays de Retz. J'ai adhéré immédiatement au principe de recentrer l'économie sur la proximité géographique.

« L'avantage avec le Réseau, c'est que les possibilités pour dépenser sa monnaie sont multiples ».

Dès mon adhésion, j'ai reçu des appels de gens du réseau pour des prestations. Cependant, l'utilisation du Retz'L est encore un peu complexe car sur des grosses intervention, on parle en milliers d'euros, donc à part deux devis, je ne croule pas encore sous les Retz'L ! Mais ça va aller petit à petit je pense, le temps que le principe soit intégré. L'avantage avec le Réseau, c'est que les possibilités pour dépenser sa monnaie sont multiples.

Quel type d'implication envisages-tu pour la monnaie locale ?
Je ne suis pas contre un investissement plus poussé. C'est juste une question d'engagement sincère. Je ne peux pas en donner pour le moment sans risquer de faire faux-bond étant donné la difficulté à conjuguer les multiples casquettes que le statut d'artisan m'oblige à porter avec la gestion d'un foyer.

Lors de notre dernière rencontre (au café YOU! ndlr) tu m'avais parlé de «plomberie écologique », peux-tu m'en dire plus ?
Ce que j'ai appris de mon expérience, c'est que la plomberie est un des métiers les plus polluants, notamment au niveau des matériaux. A titre d'exemple, 95% de la tuyauterie est réalisé avec du plastique, qui est un produit pétrolifère… Pareil pour l'adduction d'eau qui demande beaucoup de cuivre ou l'assemblage des tuyaux à la soudure, qui dégage du Co2. Les normes françaises et européennes sont axées sur le PVC. A cause d'un manque de volonté, il y a peu de matériaux respectueux de l'environnement. En revanche, des solutions ont émergé au niveau de la consommation d'eau.

«  Réduire le bilan carbone à l'approvisionnement »

il y a à mon sens deux volets à ouvrir pour une « plomberie écologique ». Le premier est dans le choix des fournisseurs en privilégiant la proximité et la mobilité responsable. Mes principaux fournisseurs sont à Chéméré et en Vendée, ce qui fait je réduis mon bilan carbone à l'approvisionnement. J'envisage aussi de passer à la fourgonnette électrique. La deuxième option consiste à faire de même pour le process de fabrication, mais c'est la responsabilité des industries. Sinon, on peut intervenir sur l'assemblage des tuyaux en préférant l'emboîture ou le sertissage à la soudure, par exemple…Les artisans doivent faire des efforts, d'autant plus qu'il y a une prise de conscience générale palpable sur le respect de l'environnement.

Les artisans doivent faire des efforts, d'autant plus qu'il y a une prise de conscience générale palpable sur le respect de l'environnement.

Qu'est-ce qu'il faut faire selon toi pour améliorer notre monnaie ?
Prendre de l'ampleur. La mairie de Bouguenais joue le jeu, un exemple à suivre par toutes les municipalités. Le bassin local est très bien fourni, avec beaucoup de dynamisme économique. Dans mon secteur de Sainte-Pazanne, il y a des commerces clés comme les petites boulangeries ou les épiceries qui auraient toute leur place au sein du Réseau.

« La mairie de Bouguenais joue le jeu, un exemple à suivre par toutes les municipalités ».

Merci à toi Maxime !

Interview : Avec Florent Derenne de Viniscope.

 

Depuis 1 an et demi et fort d'une vingtaine d'années d'expérience dans le domaine du vin, Florent Derenne, fondateur de Viniscope, parcourt la région Nantaise à la recherche des crus locaux pour les promouvoir. C'est en véritable passionné, exigeant sur la qualité et l'éthique, que Florent a adhéré à la monnaie locale. Il répond à nos questions .

Bonjour Florent et merci d'avoir accepté cette entrevue. Pouvez vous présenter votre activité ?
Cela fait 1 an et demi que je gère Viniscope, mon activité comporte deux facettes. Dans un premier temps, en tant que découvreur de vin, ma démarche consiste à parcourir les domaines viticoles de la région, en privilégiant les activités bio et peu connues. Cela me permet de travailler avec des professionnels passionnés qui placent l'éthique éco-responsable au cœur de leur métier.

Ensuite, je me fais caviste itinérant, c'est à dire le relais de ces producteurs auprès des consommateurs. Il s'agit de présenter aux particuliers les vins que je repère, les domaines et les vignerons rencontrés, la plupart du temps à domicile. C'est un moment d'échange et de dégustation où les gens peuvent poser des questions, en apprendre davantage sur ce qui se fait en vins locaux et se les procurer.

Vous travaillez donc essentiellement avec des récoltants (1) ?
Oui. Par ailleurs j'essaie de privilégier les producteurs qui appartiennent à un circuit particulier de cavistes ayant fait le choix de ne pas entrer dans des grands réseaux de distribution. Les cavistes de la région à partager ce mode de pensée sont d'ailleurs de plus en plus nombreux.

Peut-on vous considérer comme un oenologue ?
Je ne suis pas œnologue, car c'est une discipline dont la maîtrise est sanctionnée par un diplôme que je n'ai pas, même si j'ai beaucoup appris au contact de quelques œnologues confirmés, notamment dans les techniques de dégustation. Mes compétences reposent sur une vingtaine d'années d'expérience et la passion, dans une démarche professionnelle mais également personnelle.

On constate qu'il est de plus en difficile pour les producteurs locaux de s'en sortir face à la concurrence des grands groupes ?
Certains domaines viticoles sont séduits par la perspective d'un renflouement rapide de leur trésorerie que leur donne un partenariat avec certains canaux de distribution, sauf que la marge est bien souvent très faible. A cause des difficultés financières, ils sont obligés d'accepter un partage des bénéfices totalement inique, le couteau sous la gorge. Je ne les blâme pas, eu égard à leur situation financière, mais je veux être une alternative à cela et valoriser le travail des indépendants.

Comment en êtes vous arrivé à adhérer au Retz'L ?
J'ai toujours adhéré à la philosophie des circuits courts et la promotion des productions locales. La monnaie complémentaire représente bien cela à mon sens. Mon adhésion était en fait une évidence du fait de ce qu'elle encourage : les réseaux de proximité, l'éthique et la qualité des produits. Le fait que je sois à l'Ouvre-Boite 44
a aussi beaucoup joué puisque c'est là j'ai assisté à une conférence sur le Retz'L. Par ailleurs, j'étais déjà adhérent à SoNantes, mais je souhaitais recentrer mon activité dans le Pays de Retz.

Comment envisagez vous votre implication au sein du réseau à l'avenir ?
Mon adhésion est principalement éthique et j'essaye d'explorer de nouvelles voies pour des partenariats entre professionnels du circuit caviste afin d'y introduire la monnaie. Elle est utile aux échanges et facile à utiliser. C'est également un bon vecteur de communication pour interpeller les gens sur les questions de production locale.

Comment le Retz'L doit-il évoluer selon vous ?
Il faut se concentrer sur les garants de sa dynamique : les professionnels. Travailler à encourager les échanges en Retz'L entre eux est à mon sens l'axe à explorer si l'on veut améliorer sa portée.

Merci à vous Florent !

Pour prendre contact, vous pouvez consulter la fiche de Viniscope directement sur notre site.

(1) – Récoltant : Mention que l'on peut retrouver sur certaines bouteilles. Elle indique que le producteur a réalisé lui-même toute la chaîne de fabrication, de la récolte des vignes à la mise en bouteille. C'est souvent un gage de qualité.

Interview – Avec Julien Lassourd, fondateur de YOU! le bar-restau éthique et comptoir du Retz’L au coeur de Nantes.

« Votre bulletin de vote est dans votre porte-monnaie ! ». C'est par cette formule que Julien Lassourd, fondateur de YOU ! accueille sa clientèle depuis maintenant 1 an. Julien a adhéré au Retz'L en février dernier et n'a pas hésité à faire de sa structure située au 7, Place de la bourse à Nantes un comptoir de change de la monnaie locale. Il nous ouvre les portes de ce « bastion » du Retz'L au sein du secteur névralgique de la cité des ducs. Conscient des dérives du système monétaire, il nous fait part de son engagement pour les alternatives sociales et solidaires et nous présente son activité. Premier interview de cette série de portraits d'utilisateurs du Retz'L.

Bonjour Julien et merci de nous accorder cette interview. Peux-tu nous parler de ton expérience et de ce qui t'a amené dans la restauration bio avec You! ?
En 25 ans d'expérience dans la restauration avec plusieurs petites structures à mon actif (Juju la patate et Bar'île Légal à Noirmoutier NDLR), j'ai toujours eu le souci de la qualité. Avec YOU! Je m'oriente vers le bio et les circuits courts. C'est une question d'éthique : proposer les meilleurs prix pour les meilleurs produits en acceptant de réduire la marge. On dit souvent que le bio est cher, mais c'est parce que certains restaurateurs aiment rouler en Porsche !

Cette première année, le but était de se faire connaître. Un jeudi sur deux, nous organisons des cafés philo où l'on parle de spiritualité et de science. Les gens viennent échanger sur des thèmes comme la physique quantique ou les soins par les pierres, par exemple.

Le bar YOU!, situé au 7 place de la bourse à Nantes est à 95% bio. © YOU! Food & Drink
Le bar YOU!, situé au 7 place de la bourse à Nantes est à 95% bio. © YOU!

Comment as-tu découvert le Retz'L ?
Au cours du marché de Noël où j'ai rencontré un membre du Réseau à son stand. Le principe me plaisait, j'ai donc accepté de faire de YOU! Un comptoir pour faire circuler les Retz'L.

Quel est l'intérêt de la monnaie locale selon toi ? Celui du Retz'L en particulier ?
L'intérêt d'une monnaie locale est de contrecarrer la tendance actuelle consistant à numériser les échanges et la spéculation en découlant. Fut un temps où la France pouvait battre monnaie, mais une loi est passée (1) dans les années 70. Elle nous oblige à emprunter à la Banque Centrale Européenne (BCE), n'ayant d'européen que le nom puisqu'il s'agit d'une banque privée au service des marchés financiers. C'est comme cela que nous nous retrouvons à devoir près de 2000 milliards d'euros de dette publique ! Ces marchés prêtent un argent qui n'existe pas, seulement en numérique….

C'est le côté humain et associatif du Réseau du Retz'L avec des bénévoles investis qui m'a séduit. Il donne du sens à l'économie locale en recentrant les échanges entre fournisseurs locaux et les structures comme YOU! sur la monnaie papier, plus concrète. C'est cela que je m'attache à expliquer aux gens, tout en évoquant le rôle de la NEF (2) qui réinvestit l'argent dans des projets utiles.

Son utilisation est avant tout éthique. Comme c'est écrit sur l'ardoise à l'entrée « Votre bulletin de vote est dans votre porte-monnaie ! ». La façon de dépenser notre argent a plus d'importance que le vote car les gouvernements ne font rien contre l'emprise des multinationales.

On peut considérer YOU! comme un « bastion » du Retz'L au cœur de Nantes, à deux pas de Commerce, centre névralgique de la ville. Comment estimes-tu la popularité du Retz'L dans cette zone ?
YOU! est comptoir de change depuis un mois à peine, donc je ne peux pas estimer la popularité du Retz'L. Deux ou trois personnes ont déjà adhéré ici et il y a déjà 150 Rl en caisse. Les prospectus ont été efficaces. Il y a les autocollants pour signaler qu'on accepte la monnaie. J'indique prendre les carte bleues à contrecoeur car cela enrichit les banques..

Comment envisages-tu l'évolution de ta structure ?
Le bilan de cette première année est proche de l'équilibre. J'espère faire mieux l'an prochain tout en bannissant progressivement les grosses marques. YOU est déjà à 95% bio à l'exception de la viande, bien qu'elle soit de la meilleure qualité possible et de provenance régionale, notamment les poulets de Challans et le porc breton. A l'heure actuelle, rares sont les fournisseurs de viande bio à pratiquer des prix pour les restaurateurs.

Comment le Retz'L devrait-il se développer selon toi ?
Le Retz'L doit continuer à croître et pourquoi pas écraser l'Euro ! (éclat de rire)

Merci à toi d'avoir accordé un peu de ton temps !

Propos recueillis par Kéllian L.

1 : Loi n° 73-7 du 3 janvier 1973 sur la Banque de France, également appelée « Loi Pompidou-Giscard ».

2 : Coopérative de finance solidaire fondée par Henri Nouyrit en 1988 dédiée aux projets en lien avec l'économie solidaire. C'est à la NEF que sont stockés les fonds de garantie du Retz'L.